"Ceci n'est pas une rose"

Ne me collez pas d'étiquettes

Etre végétalien en Egypte 3 février 2012

Filed under: Vie pratique — Lilou @ 22:53
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J’ai fait ce blog à la base pour raconter un peu comment vit un végétalien en Égypte. Je ne sais pas s’il y a beaucoup de végétaliens ( francophones, de surcroit ) en Égypte. Quand j’ai changé de régime alimentaire, j’avais peur de ne pas pouvoir diversifier mes aliments comme il le faut : impossible de trouver du tofu, par exemple ! J’ai donc recherché sur la toile des co-végétaliens vivant en Égypte. Je n’ai trouvé aucun végétalien ; peut-être vivent-ils en parfaite autarcie ? En revanche, il y a quelques végétariens mais ils ne m’ont pas apporté les informations que je recherchais. J’ai dû faire mes propres « enquêtes » pour trouver des solutions. Car il est tout à fait possible d’être végétalien en Égypte.

Se faire accepter. Le végétarisme est très rare en Égypte, disons-le, mais il n’est pas inconnu. Quand j’ai commencé à dire que j’étais devenue végétalienne, personne ne m’a demandé ce que c’était, ni pourquoi, ça leur était évident. Je ne me suis pas spécialement sentie rejetée, ni jugée après avoir fait cette « révélation », peut-être un peu étiquetée « excentrique » mais cette étiquette s’accordant parfaitement avec mon statut d’Européenne, ça n’a pas changé grand-chose au regard qu’on portait sur moi. Évidemment, les gens se posent des questions, font des remarques mais, si l’on en croit les blogs des végétariens français, ça n’est pas propre à la mentalité égyptienne. Je pense même que les gens ici l’acceptent beaucoup plus facilement car, étant très religieux, ils sont très respectueux des croyances des autres ( certes, les conflits perpétuels entre Musulmans et Chrétiens et la quasi-exclusion des Juifs de la nation semblent être des contre-preuves de ce que j’avance mais ce sont des mouvements de foules, pas d’individus ) et par conséquent, personne n’a essayé de me faire changer d’avis ou de ridiculiser mon choix. Pourtant, je cache à tous nos proches ( sauf les vraiment très très proches ) que je suis devenue végétalienne. Paradoxe ? Oui, complètement ! En effet, si je le cache ce n’est pas dans la crainte qu’ils me jugent, me rejettent ou essaient de me faire changer d’avis mais au contraire parce que je ne veux pas être un fardeau pour eux. Je m’explique : si je le leur dis, ils vont être obligés de me faire des plats végétaliens lorsqu’ils nous invitent – oui, obligés, vous avez bien lu, car l’hospitalité est une valeur clé ici et je ne peux pas juste leur dire « ne préparez rien de spécial pour moi » car ce serait très impoli de leur part. Or, quand un Égyptien reçoit, il va en priorité servir des plats à base de produits animaux. Ces derniers sont chers et ce serait faire preuve d’avarice que de ne pas les utiliser. Mes hôtes seraient donc obligés de faire des plats exprès pour moi, que personne d’autre que moi ne mangerait et qui alourdirait encore plus leur charge de travail ( quand vous recevez dix personnes, vous faites à manger pour vingt ). Par conséquent, j’accepte ce compromis ( nous sommes rarement invités et à ces occasions j’essaie de manger le plus végétarien possible ).

Diversifier son alimentation. Au début, j’ai cru que ça allait être impossible. Jamais vu de tofu et autre tempeh, aucun lait végétal, on cuisine toujours les mêmes légumes : concombre, carotte, tomate, courgettes, poivrons, aubergine, un peu de laitue et de persil. Jamais vu de riz autre que le riz blanc, ni trouvé de farine d’autre chose que de blé. Qu’allais-je donc devenir ?? Et puis, finalement, on trouve beaucoup de choses, on apprend à en faire d’autres. Bien sûr, on ne trouve pas de magasins végé, pas de simili de produits animaux ( encore que j’en ai vaguement entendu parler, notamment du faux-steak haché, mais je n’en pas encore trouvé ). Mais on peut tout à fait se débrouiller. Niveau légumes, il y a beaucoup de choses : patates douces, navets, brocolis, chou-fleur, panaïs, chou chinois, chou violet, haricots verts, cornes grecques… Et j’ai même découvert un agriculteur qui fait des paniers bio. Je devrais ( conditionnel, car en ce moment ça chauffe… ) recevoir le premier demain matin, je vous en dirai des nouvelles. Ce monsieur devrait me fournir en petites merveilles qui ne se trouvent pas sur le marché ( pas frais, en tout cas, jusqu’à présent j’achetais des épinards et choux de Bruxelles en boite ) : épinard, choux de Bruxelles, chou romanesco, moutarde, carottes et tomates de toutes les couleurs, etc. Vous avez aussi les surgelés  Mais nous ne mangeons pas que des carottes, n’est-ce pas ? Niveau céréales, on a : le fameux riz blanc, des pâtes, mais aussi du couscous ( attention, vous le trouverez à côté de la farine et autres pâtisseries car il est cuisiné en dessert, à peu près comme le riz au lait ), du boulghour, du blé. Pour les légumineuses, on a pas mal de choix aussi : lentilles brunes et corail, haricots blancs, pois chiches, haricots rouges ( en boite en supermarché, sinon à trouver chez les grossistes spécialisés dans les légumineuses ). A Carrefour – bon, c’est pas très végé de faire ses courses à Carrefour, mais c’est là qu’on peut trouver le plus de diversité – vous avez un rayon bio qui vous propose du riz rouge de Camargue, des pousses de soja, du chocolat, des desserts à la crème de soja au chocolat, vanille ou caramel, on y trouve aussi ( à Carrefour, mais pas rayon bio ) des graines de soja, très utiles pour faire votre propre lait de soja. On trouve tous les oléagineux, notamment dans les supermarchés. J’ai trouvé une fois, à Carrefour, du lait de soja, mais ils ont arrêté ( de toutes façons, il était dégueu… ). Il faut donc aussi faire travailler ses petites mains : je fais moi-même mon lait de soja, de noisette et d’amande ( j’aime pas trop le lait d’amande, ça n’a pas trop de goût ) selon la méthode PIGUT ( lait de soja ou d’oléagineux ). On trouve partout, évidemment, le tahina ( purée de sésame ) et son frère jumeau le halawa ( purée de sésame sucrée, un peu genre nougat, qui se décline nature, à la pistache, au chocolat ). Ensuite, il suffit soit de faire preuve d’imagination ( mais c’est pas mon truc ) soit de chercher des recettes sur le net. Il existe aussi des magasins bio mais, comme ils se trouvent dans des quartiers où je ne vais presque jamais, je n’en ai encore « visité » aucun.

Aller au restaurant. Alors là, aucun problème ! Il n’y a que les fast-food américains chez qui vous ne trouverez rien ( à part les frites et le coca ) à vous mettre sous la dent. Quelques restaurants spécialisés dans les poissons et fruits de mer ou poulet peuvent aussi avoir une carte restreinte. Mais la grande majorité des restaurants sont veganfriendly. Et pour cause : les Chrétiens d’Égypte pratiquent le végétalisme pendant leurs jeûnes ( carême et autres ). Les restaurants sont donc habitués à préparer des plats « spécial jeûne » ( siami en arabe ) et, quand il n’y a aucun plat absolument végétal sur la carte ( c’est le cas dans quelques restaurants qui font de la cuisine européenne ) les serveurs ne sont pas du tout choqués quand vous leur demander de retirer les produits animaux. Quant à la cuisine traditionnelle égyptienne, elle est riche en plat végétaliens : foul ( purée de fèves ), taameyya ( que nous connaissons sous le nom de falafel ), koshari ( plat à base de riz, petites pâtes, lentilles et pois chiche, autant dire absolument complet !! ), hommos, tahina, divers plats à base d’aubergine et je dois sûrement en oublier d’autres.

Quelques enseignes très veganfriendly :

  • Cook Door ( un fast-food qui fait un peu « Subway égyptien » et qui propose quelques sandwichs et plats végétaliens – ont un service de livraison à domicile )
  • Tibesty Majestic ( fast-food de cuisine syrienne – ont un service de livraison à domicile )
  • Maison Thomas ( excellente pizzeria, qui ont deux pizzas à base de légumes, il faut leur demander de retirer la mozzarella – ont un service de livraison à domicile )
  • Felfela ( sandwicherie d’un côté, restaurant de l’autre, propose des plats végétaliens typiques )
  • Koshari El Tahrir ( comme son nom l’indique, restaurant de koshari )
  • et plein d’autres restaurants, la liste serait trop longue à faire car par définition tous les restaurants de cuisine égyptienne ou libano-syrienne vont avoir des plats végétaliens.
 

« Etre végéta*ien, c’est contre nature » et autres arguments fallacieux 17 janvier 2012

Filed under: Café philo — Lilou @ 20:22
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Bon, je vous l’ai déjà dit, je ne prétends pas détenir la vérité absolue et par conséquent je ne pourrais affirmer qu’être végéta*ien est la seule bonne façon de se nourrir. Je comprends qu’on ne soit pas d’accord. Mais il y a certains arguments qui me font sortir de mes gonds.

« Etre végétalien, c’est contre notre nature »

Alors, d’abord, on ne le répètera jamais assez l’être humain n’est pas carnivore, il est herbivore ( plutôt fructivore ) à tendance omnivore. Et on peut très bien vivre sans protéines animales.

Mais ce n’est pas la méprise sur le mode alimentaire de l’humain qui m’agace, c’est la notion même de « notre nature ». Mais qu’est-ce que ça veut dire, b***** de m**** ?? C’est le même argument qu’on retrouve face à l’homosexualité : « c’est contre nature » et pour approuver le sexisme « c’est dans la nature de la femme de s’occuper du foyer, dans celle de l’homme de ramener le pain ». Ah bon ? Je croyais que la grandeur de l’être humain justement était de dompter sa propre nature ? Je n’ai pas la science infuse, arrêtez-moi si je me trompe, je fais la liste ( non exhaustive, of course ! ) de quelques bons aspects de l’humanité :

  • la médecine : pas naturel
  • l’art : pas naturel
  • la littérature : pas naturel
  • la civilisation : pas naturel
  • la science : pas naturel
  • la gastronomie ( puisque c’est le sujet ) : pas naturel

Oops, mais il faudrait qu’on arrête tout ça, non ?

Je suis pourtant quelqu’un qui aime beaucoup la nature et je pense qu’on devrait s’en rapprocher un peu plus et surtout écouter notre corps avant d’écouter la télé, mais là vous voyez comme moi que ce genre d’argument « c’est contre nature » ne mène à rien, non ? Et les hamburgers, c’est dans la nature humaine ?

« Tu as bien pitié des animaux, mais y’a des humains qui sont dans des conditions bien pires, non ? »

Ah bon ? Tiens, je savais pas qu’il y avait des pauvres, des malades et des prisonniers politiques…

En général, quand on me dit ça, je réponds tout de suite « Oui, mais je ne mange pas d’êtres humains, donc je ne vois pas la perspicacité de ton argument, là… » Bon, ça c’est juste pour pas rentrer dans un débat stérile, car faut pas se leurrer, le débat sera stérile car la personne ne me dit pas ça pour qu’on discute de la condition humaine et des moyens qui sont à notre portée pour l’améliorer. Non, soyons, honnêtes, c’est juste le seul argument qu’elle a trouvé pour pour refouler la culpabilité que je fais ressortir en elle en lui montrant qu’il est possible de vivre sans manger d’animaux. Elle essaie de montrer que moi aussi je suis cruelle. D’ailleurs, ça m’amène au troisième argument que je n’aime pas entendre…

« Si on devait penser à tout ceux qui souffrent sur Terre, on n’aurait plus qu’à aller se pendre »

Ben oui, on vit dans un monde cruel. Et peut-être que si on arrêtait de se fourrer la tête dans le sable du prêt-à-penser, ça changerait les choses. Je suis bien placée pour en parler, parce que jusqu’à présent ça a toujours été mon attitude.

On sait qu’il y a des famines dans le monde, des guerres, de la pauvreté. Mais on peut pas vraiment y faire grand-chose parce que c’est loin de nous. Alors on y pense de temps en temps. On signe des pétitions, parfois on donne à des associations ou à des personnes qui font la manche. Mais le reste du temps on continue nos vies, parce qu’on vit qu’une fois et il faut bien en profiter.

Alors, attention, je dis pas qu’il faut s’auto-flageller et se mettre à mourir de faim pour être en parfaite empathie avec ceux qui souffrent. Je dis juste qu’il faut bien regarder si on n’aurait pas du sang sur les mains.

Je commence mon inventaire, voyez si vous voulez faire le vôtre :

  • mes chaussures, mon manteau, la moitié de mes fringues : made in China, probablement des enfants, au moins des ouvriers sous-payés et travaillant dans de mauvaises conditions ( je parle même pas du fait que les chaussures sont faites en mauvais cuir, donc exploitation animale et pollution supplémentaire ) à quoi il faut rajouter la distance pour importer ces marchandises, donc belle empreinte carbone
  • mes meubles : ben, je sais même pas d’où ils sortent, qui les a fait, comment ?
  • mes appareils électro-ménagers : 80% made in China ou Corée ou autre pays qui n’a pas un droit du travail fantastique, souvent des usines qui ont délocalisé et licencié à foison en Europe

Bon, je m’arrête là, mais je pourrais continuer : mes déchets, mes shampooings, tous ces trucs que j’achète alors que j’en ai déjà d’autres, lesquels je vais donc jeter… Non seulement je pollue, mais je contribue à faire fonctionner un système qui repose sur l’exploitation de l’homme par l’homme. Je crois qu’on peut vraiment réfléchir deux secondes avant d’acheter des choses : par qui est-ce fait ? dans quelles conditions ? quelle empreinte carbone ? n’en ai-je pas déjà ? ne puis-je pas m’en passer ?

Je vais m’appliquer à le faire et je vous ferai quelques articles sur comment réussir à ne pas alimenter le côté obscur du système.