"Ceci n'est pas une rose"

Ne me collez pas d'étiquettes

La condition animale en Egypte 26 février 2012

Filed under: Vie pratique — Lilou @ 18:13
Tags: ,

Petite clarification dès le départ : je ne fais part dans cet article que de mes réflexions et expériences personnelles, ce n’est pas une étude ! De plus, je ne suis pas arrivée à trouver des chiffres fiables et intéressant sur le net à ce sujet.

Tout d’abord, n’oublions pas que l’Égypte ne nage pas dans le luxe ( encore que certains oui… ) et que la condition de l’animal humain n’est déjà pas la meilleure qui soit. Il serait donc ridicule de jeter la pierre trop vite parce que les animaux non humains sont mal traités : essayons de garder la notion des proportions.

Je ne parlerai ici que des animaux non humains, mais ferai le lien avec les humains quand il y lieu.

 

Les animaux de compagnie

La plupart des animaux domestiqués sont des chats et des chiens, mais les tortues, les oiseaux, les poissons et les hamsters sont aussi plutôt communs.

Tout comme en Europe, il y a les gens qui prennent des animaux de compagnie pour « faire bien », comme signe extérieur de richesse ou de modernité et d’autres qui sont de véritables passionnés. Je me rends compte que pour pouvoir faire un exposé complet, il faut que j’aborde plusieurs points.

L’élevage. L’Égypte n’est pas un membre de la FCI, ni de la FIFé ni d’aucune fédération internationale (je ne sais pas s’il en existe pour les NAC ), ce qui fait qu’il n’y a pas d’éleveurs au sens où on l’entend en France, pas de livre des origines, pas de pédigrée. Généralement, les gens ne savent pas qu’il existe un standard pour les races ( vous me direz, en France, beaucoup de propriétaires de chats et de chiens sont dans la même ignorance ) et ceux qui le savent achètent des chiens et chats importés ( beaucoup de Bergers allemands viennent d’Allemagne, pour les autres races c’est surtout d’Europe de l’Est ). Je vais surtout parler des chiens, car c’est le domaine que je connais un peu mieux, je ne crois pas que la situation soit très différente pour les chats ( sauf qu’ils sont un peu moins populaires ) mais je ne peux rien affirmer.

Pour acheter un animal de compagnie ( quelle que soit l’espèce ) il existe deux solutions : les animaleries et les particuliers. Les animaleries, comme en France ( pire, avouons-le ) c’est affreux : animaux non socialisés, retirés trop tôt de leur mère, nés dans de piètres conditions. Pourquoi pire  qu’en France ? Parce qu’en France il est interdit de vendre les chiots et chatons ( je sais pas pour les autres espèces ) avant qu’ils n’aient 8 semaines, alors qu’en Égypte on descend à 6 semaines et aussi parce qu’en Égypte les cages sont plus petites et/ou plus peuplées – j’ai vu des aquariums avec de beaux poissons chinois qui étaient tellement pleins que les poissons ne pouvaient même pas bouger, je me demande comment ils « respiraient ». Comme dans les animaleries françaises, les animaux viennent d’usines à chiots, surtout en provenance des pays d’Europe de l’Est, mais parfois ils sont nés sur le sol égyptien. Les particuliers, ça dépend, mais très souvent c’est du n’importe quoi : on met Kiki sur Koko sans réfléchir à autre chose qu’au prix auquel on vendra les bébés. Du coup, on privilégie les « mariages » entre individus de même race pour vendre plus cher, mais les croisements sont bien entendu très courant. Quelques particuliers ont des connaissances sur leur race et ont une démarche de choix des unions pour « produire » ( je vais me faire bouffer par les anti-spécistes, moi ) de bons sujets, mais ça reste très rare.

La stérilisation. Pour continuer le sujet de l’élevage. La croyance selon laquelle la stérilisation est une amputation de l’animal est très répandue et aucune campagne de sensibilisation n’est faite pour faire changer les mentalités. Un animal a besoin de s’accoupler pour être heureux, c’est bien connu ( et en plus, ça rapporte des sous, comme ça tombe bien ! ). Du coup, on a des reproductions à tout va et des bébés qui sont vendus à n’importe qui et finissent souvent dans la rue, quand ils ne sont pas revendus, passant de foyers en foyers, les uns plus incapables que les autres de les assumer.

La place de l’animal de compagnie dans la maison. Eh bien, déjà la place de l’animal de compagnie n’est pas toujours dans la maison. Beaucoup de chiens, par exemple, ont leur place sur le toit de l’immeuble ( Le Caire est une énorme ville à la densité de population très élevée et les toits sont des espaces très exploités : habitations, élevages de volailles ou même d’ovins – un mouton à la fois en général -, potager, … ). L’anthropomorphisme est monnaie courante, quand on ne traite pas les animaux comme des objets ( jouets pour enfants, notamment ), rien de nouveau sous le soleil quoi… On aime son animal mais on ne se pose pas trop de questions. On va chez le vétérinaire pour faire les vaccins ( et encore… si l’animal ne sort pas, à quoi bon ? ) mais on ne va pas se ruiner non plus ( sauf les foyers qui prennent leur animal pour un signe extérieur de richesse et qui ne regardent pas à la dépense ).

La nourriture. La plupart des gens donnent des restes de table à leurs animaux. Il n’y que les NAC qui y échappent. Sinon, les croquettes sont très vendues, surtout, pour les chiens, Royal Canin : parce que si c’est français c’est que c’est de qualité ( CQFD … ). Friskies et autres Pedigree sont aussi présents sur le marché. Que du bon, quoi ! ( beurk )

 

Les animaux de la rue

Il existe des chenils et autres associations de protection des animaux, mais ils sont bien trop peu en rapport avec le nombre des animaux abandonnés, qui bien sûr se reproduisent beaucoup. On trouve partout, des quartiers les plus populaires aux quartiers les plus huppés, des chiens et des chats des rues. Je compare souvent les chats égyptiens aux pigeons français : ils sont vus comme des animaux sales, des rapias qui rappliquent dès qu’il y a de la nourriture à récupérer. Comme les ordures sont éparpillées un peu partout dans les rues ( je donne pas une bonne image du pays, là, pourtant je l’adore, mais faut avouer que la gestion des déchets est un gros point faible ), c’est autour d’elles que s’établissent les meutes. Quelques bonnes âmes nourrissent les animaux des rues en leur mettant des restes de repas dans du papier journal, d’autres, moins charitables, leur distribuent des coups de pieds. Évidemment, ils ne sont pas dans un super état de santé. En Égypte, il existe une version assez spéciale de la fourrière : elle ne récupère pas les animaux, elle leur met une balle entre les yeux. C’est moins cher et plus efficace. Je vous entends d’ici appeler Brigitte Bardot : ne vous inquiétez pas, elle est déjà sur le coup et surtout, descendez de votre nuage, en Europe et aux USA les chiens des refuges sont aussi euthanasiés en masse et de plus en plus dans des chambres à gaz.

 

Les animaux de travail

Animaux de traits. Les chevaux et les ânes sont très souvent utilisés pour tirer les charrettes des vendeurs de fruits et légumes, de foul ( purée de fèves ), etc. Les plus riches ont des chevaux, les autres des ânes. On en voit quotidiennement sur les routes en pleine ville. Comme ce sont des animaux de travail, ils sont un coût et par conséquent les propriétaires en prennent généralement bien soin. Toutefois, ils ne le peuvent pas toujours, car s’ils ont des charrettes et non des véhicules à moteur c’est précisément par manque de moyens. Certains propriétaires sont violents avec leurs animaux, ça n’a rien d’un scoop non plus… Grosso modo, il doit y avoir 40% de ces animaux qui sont bien traités et les autres font peine à voir.

Animaux « de tourisme ». Essentiellement des chevaux et des dromadaires. Ce sont les moins bien traités à mon sens, surtout que leurs propriétaires n’ont pas l’excuse de la pauvreté car ils gagnent généralement très bien leur vie ( les touristes sont des pigeons, vérité universelle ). Ils sont achetés ( et marqués ) dès qu’ils sont en âge d’être montés ou de tirer une calèche, ils travaillent quelque temps, puis ils sont envoyés à la boucherie ( parcours classique quel que soit le pays ne vous indignez pas si vite ). Entre temps, beaucoup sont mal nourris et la majorité subissent des violences. C’est ceux qui me font le plus mal au cœur, car ils sont vraiment considérés comme des outils à fric. Attention, quelques uns sont bien traités, certains propriétaires les apprécient à leur juste valeur ( ce qui ne les empêchent pas de les envoyer à la boucherie ensuite… c’est en faisant un tour aux Pyramides avec un chamelier très sympa, que j’ai pu lui poser des questions à ce sujet et j’avoue que dès que j’ai appris le sort final du dromadaire sur lequel j’étais montée, je me suis juré de ne plus jamais y amener personne, même pas en choisissant celui qui traite bien son dromadaire !! ).

Chiens de sécurité et de garde. Comme en France, il existe une brigade cynophile dans la police et de nombreuses compagnies de sécurité utilisent des chiens. Certains propriétaires terriens et certaines entreprises utilisent aussi des chiens pour garder leurs propriétés.

 

Les animaux destinés à la consommation humaine

C’est le sujet sur lequel j’ai le moins d’informations. Tout ce que je sais c’est qu’il existe des élevages intensifs de volailles, d’ovins et de bovins mais ce n’est pas encore la norme. Beaucoup d’éleveurs sont « à l’ancienne » avec leur petit troupeau de quelques têtes. L’élevage se fait à la campagne mais on voit souvent des petits troupeaux en ville ( pas en Centre-Ville non plus, dans certains quartiers populaires, mais c’est quand même la ville, ils sont sur les trottoirs – quand ces derniers existent – avec leur mangeoires, habitués à ce que les voitures roulent tout près d’eux ) car beaucoup de particuliers achètent des bêtes entières, les laissent quelque temps sur leur toit puis les font égorger et les mangent, en particuliers lors des fêtes religieuses ( la fête musulmane du sacrifice, Aid el Adha, notamment mais les chrétiens aussi peuvent acheter une bête pour Pâques ou Noël, c’est une pratique traditionnelle pour les deux religions ).

Pour les poulets, il en existe des baladi ( littéralement « du pays » ), qui sont élevés soit sur les toits ( comme je l’expliquais plus haut ), soit à la campagne. Tous les autres viennent d’élevages intensifs. Les personnes qui élèvent les poulets en ville en général vendent les œufs et mais mangent eux-mêmes les poulets ( milieux plutôt pauvres ).

Il n’existe plus d’élevage de porcs depuis la pandémie de grippe porcine en 2009. Lors de cet épisode, le gouvernement a ordonné l’abattage de tout le cheptel porcin du pays. Les porcs étaient jusqu’alors élevés par les zabalins ( les fameux chiffonniers de Sœur Emmanuelle ) : ils leur servaient à traiter les déchets ( ils mangeaient les poubelles, quoi ) et leur vente constituait un revenu d’appoint.

Mon expérience personnelle. J’ai une chienne depuis 2 ans que j’ai achetée à une de mes connaissances ( la femme de mon beau-frère pour ne pas la citer ) qui possède la maman ( une croisée labrador ). Le papa, un Golden Retriever appartient aussi à un proche. Déjà, vous voyez le choix de l’union : plus proche, moins cher. C’était un achat purement égoïste, pour réaliser mon rêve d’enfant, parce que moi aussi je voulais un chien comme untel et unetelle… C’est nul, je l’admets et je les très vite compris : au bout de deux semaines, en commençant ( un peu tard, je sais ) à chercher des informations sur l’éducation des chiens et leur bien-être, j’ai compris que je ne pouvais pas lui offrir ce dont elle avait besoin. Déjà, pas possible de faire des balades quotidiennes : les rues du Caire n’ont pas toujours des trottoirs, la circulation est chaotique, les gens sont peu habitués à voir des chiens ( sauf les chiens des rues dont ils ont peur ) et réagissent mal… Je l’ai sortie les premiers temps, histoire quand même de la sociabiliser et de l’exposer au plus grand nombre possible de stimuli avant ses 4 mois, mais j’ai vite abandonné car c’était source de stress pour toutes les deux. Il n’existe qu’un seul club canin au Caire à ma connaissance, qui propose de l’agility et du mordant, mais c’est trop loin pour moi. Donc pour défouler ma chienne on joue à la balle sur le toit de l’immeuble ( ils servent à tout, ces toits, je vous le dis ) et de temps en temps je l’emmène dans un bout de « jardin » ( plates-bandes au milieu des routes ) pour jouer avec son papa. J’ai pensé la replacer dans une famille vivant dans un quartier avec plus d’espaces verts, mais je me suis rendue compte qu’aucune famille n’était prête à la sortir et que toutes lui aurait fait faire au moins une portée, alors je me suis résolue à la garder. Je l’adore et je ne crois pas qu’elle soit si malheureuse que ça, mais il est clair que je ne reprendrai pas de chien ( à moins de déménager dans un endroit où je puisse lui faire faire de grandes balades et des activités ) et que j’encourage toute personne qui me parle d’en prendre un à ne pas le faire. J’essaie aussi de convaincre les propriétaires d’animaux de ne pas les faire se reproduire car les bébés ne vivront certainement pas dans de bonnes conditions.

Pour conclure, la condition animale est plutôt mauvaise au Égypte, j’ai conscience d’avoir dressé un tableau assez noir, il ne reflète que ma propre vision des choses. Je sais qu’il y a de nombreux propriétaires d’animaux ( que ce soit de compagnie ou de travail ) qui les aiment et veulent bien faire, mais ceux qui se renseignent vraiment ( c’est-à-dire autrement qu’auprès des gens qui croient tout savoir parce qu’ils ont toujours eu des animaux et qui en fait ne savent rien ) sont rarissimes. Par contre, je ne supporte pas qu’on me dise que c’est dans la culture arabe de dévaloriser les animaux. Certes, l’influence de la religion monothéiste est forte : Dieu a créé les animaux pour servir l’homme ( je résume, mais pour beaucoup c’est ça ). J’entends souvent dire que l’Islam dévalorise les animaux. C’est faux. L’abattage halal à la base est aussi fait pour réduire les souffrances de l’animal en rendant sa mort rapide et imprévue ( interdiction de tuer un animal devant un autre, l’animal doit être tué dès qu’on l’immobilise ), mais avec l’industrialisation il a totalement perdu sa vocation et c’est devenu une boucherie comme une autre. Les animaux domestiques n’ont pas leur place à la maison dans l’Islam, c’est vrai. Cependant, les gens qui interprètent certains hadiths ( paroles du Prophète qui n’ont pas été révélées par l’ange Gabriel et donc ne sont pas dans le Coran ) comme affirmant que les chiens sont impurs se trompent, à ce qu’il me semble. Remettons les choses dans leur contexte : au 8ème siècle, dans le désert, il n’y avait pas de vaccins ni d’anti-puces, donc non ce n’était pas hygiénique de garder un animal à la maison, laquelle est aussi un lieu de prière ( aux dernières nouvelles, les chiens ne vont pas à la messe non plus ). De plus, cette interdiction de garder l’animal à la maison ne me semble pas mériter la diabolisation dont elle est l’objet car elle est proche de la vision anti-spéciste qui considère que les animaux n’ont pas à être domestiqués pour le plaisir des humains. En effet, si l’on lit d’autres hadiths, on se rend compte que l’Islam prescrit de respecter les animaux : interdiction de tuer un animal si on ne va pas le manger, récompense divine pour celui qui fait du bien aux animaux, obligation de bien nourrir et soigner les animaux de travail, interdiction d’avoir un animal qu’on n’utilise pas pour travailler ( donc on ne s’amuse pas avec les animaux )…

Publicités