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Comment je suis devenue une maman 5 novembre 2014

Filed under: Vie de maman — Lilou @ 14:24
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Je ne ferai pas ici le récit de mon accouchement, je vais essayer d’exprimer un processus plus complexe et plus long. À la base, je ne suis pas très intéressée par les bébés. Au mieux,  je m’attendris deux minutes devant la bouille d’un bébé (mais j’avoue que la plupart du temps je trouve le physique des nouveaux nés peu gracieux…). Longtemps, l’idée de fonder une famille m’est restée étrangère. Ce n’était pas une décision calculée qui me faisait repousser ce moment, non, je n’en avais tout simplement aucune envie.

C’est presque du jour au lendemain que mon état d’esprit a changé. Un matin, je me suis réveillée heureuse dans mon couple,  heureuse dans mon job, avec une petite voix qui, de temps à autre, me soufflait : « Tiens, si j’avais un petit être à mes côtés, je lui apprendrai à faire ça » ou encore « Oh, comme ce geste – là prendrait tout son sens si je le faisais pour un enfant ! ».

Voici donc qu’en novembre 2012, un petit bébé vient se nicher dans mon ventre ! Au début,  c’est beaucoup d’inquiétudes : la grossesse se passera-t-elle bien ? Arriverai-je à gérer l’accouchement ? Saurai-je m’y prendre avec mon bébé ? Réussirai-je à allaiter ? Et d’autres questions plus terre à terre : quel siège auto choisir ? Faut-il prendre un trio ou une simple poussette ? L’écharpe de portage ne nous tiendra-t-elle pas trop chaud ?
Puis, peu à peu, on se sent changer. C’est un processus qui s’est fait naturellement chez moi, l’instinct archaïque inscrit dans nos gènes de mammifères a fait tout le boulot. J’avais soudain davantage de confiance en moi ! Moi qui reste souvent en retrait lors des discussions de groupe, moi qui répond rarement aux provocations et me laisse contredire sans broncher, soudain je répondais du tac au tac, j’allais vers les autres, j’intervenais sans trac.

Voici une anecdote qui m’a fait réaliser que ma métamorphose avait commencé.
Je rentrais d’une après-midi de cours dans un quartier éloigné de chez moi, en taxi, comme à l’habitude. Lorsque je lui avais indiqué l’adresse, il avait marmonné quelque chose dont je n’avais saisi qu’un mot : le nom d’une place près de chez moi. Présumant qu’il me demandait s’il devait passer par là, j’avais acquiescé. Or, à ma grande surprise, une fois arrivés à la place en question, le voilà qui s’arrête et refuse de continuer sous prétexte qu’il m’avait avertie qu’il n’irait pas plus loin… En temps normal, je serais descendue, après avoir payé, me maudissant de ne pas avoir demandé de répéter les paroles que je n’avais pas entendues. Mais pas cette fois ! Je me plains, explique que je n’avais pas compris, que je suis enceinte et qu’il me reste encore 500m à faire, c’est trop pour moi. Le chauffeur est borné, ne veut rien entendre ; je le laisse en plan sans payer le prix de la course. Évidemment il me suit et je lui dis que s’il veut son argent il faudra me conduire chez moi. Je monte, il râle, je lui dis ses quatre vérités ! Il a finalement refusé de prendre la dernière rue, me laissant à une centaine de mètres de chez moi, mais je suis fière de moi quand même car je ne me suis pas laissée faire !

Cette confiance en moi va aller crescendo au cours de la grossesse mais surtout après la naissance. Comme je le disais dans mon précédent article, faute de préparation je n’ai pas été pleinement actrice de mon accouchement et j’ai eu quelques difficultés les premiers jours pour l’allaitement, pourtant je ne me sentais pas vulnérable. Moi qui n’avais jamais porté un nouveau né de peur de le faire tomber, je prenais mon petit amour comme si je n’avais fait que ça toute ma vie. Changer les couches, donner le bain, bercer, porter, il ne me semblait pas fragile et chétif comme ceux des autres ! Les deux premières semaines ont d’ailleurs été le Nirvana, l’état de grâce, je planais. C’est comme si une sorte de télépathie existait entre ce petit être et moi, un cordon ombilical mental qu’on n’aurait pas coupé.

Malheureusement, comme il paraît que toute bonne chose a une fin, les pleurs inconsolables et les troubles du sommeil sont apparus. Du début du deuxième mois à la fin du cinquième, la situation empirait sans que l’on sache d’où cela venait :  faisions-nous quelque chose de mal (pas assez de sorties, maternage « excessif », trop chaud, trop froid…) ? nous allarmions-nous pour rien par manque d’expérience ? Ou bien sa nervosité et son manque de sommeil étaient-ils bien le signe que quelque chose n’allait pas ? Cette période a été difficile pour tous et ma confiance en moi laissée entre parenthèses. Cependant, au fond de moi, je savais que quelque chose n’allait pas ; je sentais que mon bébé souffrait. C’est pourquoi quand notre médecin de famille nous a dit que tout allait bien, j’ai recherché l’avis d’un pédiatre ; lorsque celui-ci nous a conseillé de « supporter les pleurs », je me suis tournée vers ma cousine, médecin également, qui m’a confirmé que la piste du reflux gastro-oesophagien (RGO pour les intimes ) était probablement la bonne. À partir de là, j’ai peu à peu remonté la pente. Mon bébé n’est pas allé mieux de suite, mais je savais désormais d’où venait le problème et j’ai réussi à trouver, toute seule, les causes de ce RGO : intolérance aux protéines de lait de vache (j’avais une alimentation omni à ce moment-là) et intolérance à l’histamine. Une fois les évictions mises en place, il a commencé à aller beaucoup mieux, on a arrêté le traitement !

À partir de là, j’ai commencé à endosser sereinement mon rôle de maman. J’ai arrêté de me remettre sans cesse en question pour commencer à m’écouter vraiment. Mon bébé ne s’endort pas seul, se réveille la nuit : ce n’est pas parce que je ne sais pas y faire ou que je suis incapable d’appliquer telle ou telle méthode (Pantley et Cie) mais parce qu’il a besoin de moi, un besoin que je suis en mesure de satisfaire, alors pourquoi se faire des noeuds dans la tête ? Il mange peu de solide et tète beaucoup ? Puisqu’il est en pleine forme et grossit et grandit bien, où est le problème ? Je continue la DME.

Être une maman m’a également permis de sortir enfin de cette espèce de complexe d’infériorité que j’avais et qui me faisait toujours me considérer comme une enfant avec les autres adultes qui étaient pourtant loin d’avoir l’âge de mes parents. D’une part, devenir maman m’a définitivement conféré une légitimité d’adulte. D’autre part, me pencher sur la question de l’éducation m’a permis de mieux comprendre celle que j’ai reçue et de pouvoir la relativiser. De là j’ai pu sortir du rôle que l’éducation « traditionnelle » impose aux enfants, ne les considérant pas comme personnes à part entière du fait de leur âge (il me faudrait écrire tout un article sur ce genre de discrimination par l’âge).

Mais être une maman ce n’est pas seulement gagner en confiance en soi. Excusez la tautologie mais être maman c’est avant tout avoir un enfant !
Alors oui, on vous dira qu’un enfant c’est beaucoup de bruit, beaucoup de couches sales, pour peu de sommeil et peu de temps pour soi. C’est vrai, je ne vous mentirai pas, enfin en tout cas c’est vrai pour moi car c’est très variable selon les bébés. Du fait de son reflux le mien était un bébé aux besoins intenses, donc beaucoup de pleurs, de fatigue, de crises de nerfs aussi. Intense, quoi ! Pourtant, ce n’est pas ce que je retiens. Les moments difficiles passent, l’amour infini que l’on porte à ce petit être qui est un peu de nous-mêmes et un peu de la personne que l’on aime, lui, reste à jamais. Les moments câlins illuminent votre existence et effacent la douleur des autres souvenirs. Un simple regard sur cette petite personne en devenir vous fait fondre. Le moindre de ses progrès vous ravi. Pour vous dire, [mode coeur d’artichaut ON] aujourd’hui on m’a dit à la crèche qu’il avait fait une photo de classe, j’étais toute émue ! [mode coeur d’artichaut OFF]. Bref, quand on vous dit que c’est la meilleure chose qui nous soit arrivée, c’est la pure vérité.

Voilà, je suis donc une maman comblée, mon monde tourne désormais autour de mon petit bébé sucré et je ne changerai ça pour rien au monde.

NB : je tiens juste à préciser, en tant que féministe de conviction, que je relate ici mon expérience personnelle. Si j’utilise des mots tels que « nature » ou « instinct » ce n’est pas pour faire des généralités sur un prétendu instinct maternel ni affirmer qu’être une maman est la raison d’être de toutes les femmes. D’une part, bien que j’ai ressenti un instinct qui m’a permis de comprendre mon bébé et d’endosser ce rôle de maman, tout n’a pas été si simple et j’ai également beaucoup douté de moi et de mes choix, l’instinct ne fait donc pas tout et chaque personne vivra différemment cette expérience. D’autre part, je suis convaincue qu’avoir des enfants n’est absolument pas nécessaire pour être heureux – j’étais d’ailleurs déjà pleinement heureuse avant de devenir mère – de multiples paramètres entrent en compte dans le désir de fonder une famille. Ne pas ressentir l’envie d’avoir un enfant me semble parfaitement normal et n’appelle aucune justification. Dire que « ça viendra avec le temps » ou que « c’est parce que tu ne sais pas ce que c’est » est sexiste et va à l’encontre de la liberté pour une femme de choisir sa vie. Alors, par pitié, cessez de demander à toutes les femmes autour de la trentaine quand est-ce qu’elles auront un enfant !!
En revanche, si vous avez envie d’un enfant, foncez ! Et ayez confiance en vous et votre ressenti, vous comprendrez votre enfant mieux que personne !

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One Response to “Comment je suis devenue une maman”

  1. Belgarel Says:

    Welcome back !

    Juste une petite phrase qui m’a fait réagir : « Dire que « ça viendra avec le temps » ou que « c’est parce que tu ne sais pas ce que c’est » est sexiste et va à l’encontre de la liberté pour une femme de choisir sa vie.  »
    La question du sexisme me paraît déplacée. On me dit aussi ce genre de choses, alors que je suis un homme. Ça se dit aussi pour des trucs comme sexe & amours.

    En tous cas, j’ai beau ne pas avoir le moindre atome crochu avec les enfants, je trouve la relation de maternité que tu décris vraiment belle. Espérons que tu sauras la maintenir telle au fil des années 😉


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