"Ceci n'est pas une rose"

Ne me collez pas d'étiquettes

Des étiquettes, dogmes et autres pensées uniques dans le végéta*isme 4 décembre 2012

Filed under: Café philo — Lilou @ 19:51

Je vous vois déjà rouler des yeux en pensant : « Oulà, mais elle nous ferait pas un article anti-végé, celle-là ! Aurait-elle perdu la tête ? » Point du tout. Cela fait un petit moment (euh, presque un an quand même ! procrastination, quand tu nous tiens…) que je voulais écrire cet article. Et c’est aujourd’hui, anniversaire de mon passage au végétalisme, que je me lance enfin. C’est pas plus mal d’avoir attendu car maintenant je pense désormais avoir un recul sur la question.

 

Souhaitez-moi un joyeux anniversaire, donc, car aujourd’hui j’ai un an. Un an de végétalisme. Moi, la carniste invétérée qui adorait la viande rouge bien saignante, j’ai tenu un an et je ne conçois plus un repas avec un produit animal.

 

Dans cet article, je vais vous faire part de mon cheminement et plus particulièrement je voudrais parler de l’aspect quasi-sectaire que l’on prête bien souvent au végétarisme et comment je l’ai perçu personnellement.

 

Il y a un an, donc, je n’étais pas dans ma meilleure forme et je culpabilisais énormément de ne pas agir suffisamment pour l’avenir de la planète (il faut dire que j’avais pour projet de départ de travailler dans l’humanitaire et puis j’ai fini prof de français – me demandez pas comment, j’ai du mal moi-même à le comprendre ^^, mais j’en suis ravie et je ne le regrette absolument pas !). Et puis j’ai entendu parler du végétarisme. Évidemment, je savais depuis longtemps que ça existait, mais je n’avais jamais cherché à comprendre les motivations des végétariens. Après quelques recherches, il m’a semblé évident que je devais faire ce choix moi aussi pour donner plus de cohérence à ma vie.

 

Au début, j’étais une végé timide. Quand j’étais invitée je mangeais comme d’habitude. Et puis je mangeais des œufs non issu de l’élevage industriel de temps en temps. Surtout, je me gardais de parler des raisons du végétarisme car je ne voulais pas paraître donneuse de leçons.

Il faut dire que j’ai une phobie des certitudes. Et les végés, c’est plein de certitudes : ils sont sûrs que le végétarisme est meilleur pour la santé, sûrs que c’est mieux pour l’environnement et sûrs que l’élevage d’animaux pour leur viande est un obstacle à une meilleure répartition des ressources de la planète pour tous. Au début, ça fait bizarre tant de certitudes. Et c’est probablement pour ça que le végétarisme peut sembler dogmatique au premier abord.

Moi, j’étais sûre de rien… Il y a beaucoup d’études citées par les végés pour appuyer leurs dires ; il y en a beaucoup aussi qui disent le contraire (ben, oui, par exemple, là, j’ai un exemple à chaud : l’UE vient d’autoriser l’augmentation des quotas pour la pêche de certaines espèces en eau profonde parce qu’une étude a montré que c’était pas grave, sic). Alors, tu commences à faire attention aux sources de chaque étude, aux personnes qui les ont commandées et aux personnes qui les ont réalisées. Et là, tu te rends compte que, oui, les végés peuvent se permettre d’avoir des certitudes. Toujours le même exemple pour la pêche en eau profonde, il existe des confits d’intérêts au sein de la commission  et la majorité de la communauté scientifique avait conclu différemment.

 

Autre chose. Au début, donc, je mangeais pas végé chez les autres (ça m’arrive toujours d’ailleurs, mais de moins en moins, tout simplement parce que les gens se sont adaptés et me préparent de plus en plus des plats végés), je mangeais quelques œufs, et je n’ai pas arrêté de consommer du miel (parce que là, j’ai vraiment du mal à avoir des certitudes). Quand je disais tout ça à des végés, on m’a répondu : « Mais alors tu ne peux pas vraiment te qualifier de végétalienne ! » ou encore « Comment peux-tu passer outre tes convictions juste pour ne pas froisser les gens ?! » Honnêtement, quand tu viens à peine de débuter, que tu trouves que tu fais déjà plein d’efforts, ça fait bizarre ce genres de remarques… On se dit que peut-être effectivement le végétarisme est une pensée unique, un moule.

En réalité, c’est un peu plus compliqué. Bien sûr, y’en a toujours quelques uns qui pensent être meilleurs que tout le monde et que tout le monde devrait prendre exemple sur eux, on peut pas passer à côté de ces spécimens. Mais, être végé ce n’est pas arrêter toute remise en question, ce n’est pas croire qu’une fois qu’on a arrêté toute consommation de produits animaux on a tout fait. D’ailleurs, « être végé » ça ne veut pas dire grand-chose à part ne plus consommer de produits animaux (à des degrés différents selon qu’on est végétarien, végétalien ou végan). Chacun, ensuite, le vit conformément à sa personnalité, à la force de ses convictions et selon ses priorités. Du coup, on peut quand même comprendre que les végés tiennent à ce que le mot « végétarisme » ne perde pas tout son sens. Quand on se proclame végétarien et qu’on mange du poisson, ou végétalien et qu’on mange des œufs, on n’œuvre pas en faveur de la clarté du concept. Il est assez difficile de se faire accepter en tant que végé, il est très difficile de se voir proposer des plats qui correspondent vraiment à ce que l’on mange, alors si tout le monde se met à être végé à sa sauce, on va vraiment plus s’en sortir… Quand on me disait : « tu n’es pas vraiment végétalienne car tu manges du miel », j’entendais : « il faut que tu arrêtes le miel » alors qu’en fait on me disait « tu ne peux pas exactement t’appeler végétalienne, il faut que tu précises ».

 

Du coup, ça peut sembler très pointilleux cette histoire de végétarisme et on peut avoir envie de rejeter cette étiquette qui semble lourde à porter. Et puis, on se pose deux minutes et on réfléchit un peu sur le concept d’étiquette : on ne pourra jamais trouver d’étiquette adéquate pour se définir. Même en en cumulant plusieurs, on passera à côté de la complexité d’une personnalité. À nous de faire la part des choses et de pas trop accorder d’importance à ces étiquettes. L’essentiel est d’être clair, d’appeler un chat, un chat, tout en gardant à l’esprit que la nuit, tous les chats sont gris (bon, ok, cette expression n’a aucun sens ici).

 

Bref, être végé, ce n’est pas une secte, on n’est pas tous pareil, on n’a pas tous les mêmes priorités. Certains s’arrêtent là, d’autres se battent sur plusieurs fronts. Certains sont plus engagés que d’autres. Finalement, si le végétarisme fait beaucoup de bruit, ce n’est pas vraiment dû aux végétariens eux-mêmes mais à ses détracteurs.

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2 Responses to “Des étiquettes, dogmes et autres pensées uniques dans le végéta*isme”

  1. L. Says:

    J’aime bien la réflexion sur l’étiquette, c’est conceptualisé de manière intéressante 😉


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