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Les femmes du bus 678 16 avril 2012

Le harcèlement sexuel est un problème quotidien pour plus de 80% des femmes en Égypte.

  • Où ? Dans la rue, les transports en commun, notamment mais aussi au travail selon le métier exercé
  • Quand ? Peut-être importe l’heure du jour ou de la nuit, il n’y a pas « d’heures creuses »
  • Comment ? Cela va du simple « Assal » ( traduction littérale : « miel », ça correspond au « t’es bonne » français ) à l’attouchement
  • Qui ? Des hommes ordinaires sur des femmes ordinaires ; quels que soient la catégorie sociale ou le niveau d’études des hommes, quelle que soit la tenue des femmes ( niqab y compris ).
  • Pourquoi ? Je ne suis ni sociologue ni psychologue, mais il me semble que cela vient de plusieurs facteurs : la place des femmes dans la société, qui sont éduquées à se taire et à faire attention à leur réputation quand les hommes doivent mettre en valeur leur « virilité » ; la frustration des hommes face aux difficultés économiques qui rend les mariages difficiles ( les relations sexuelles hors mariage étant interdites – oui, oui, interdite par la loi ) ; le bouleversement des valeurs dans une société encore très traditionnelle et conservatrice qui peine à se positionner face aux valeurs occidentales diffusées par la mondialisation.

Ces raisons ne sont en aucun cas des excuses. J’explique, je ne justifie pas.

Le film 678 est inspiré d’une histoire vraie : en 2008, un homme a été condamné à 3 ans de travaux forcés pour attouchement sexuel ( en voiture, il a attrapé une femme par les seins et l’a trainée sur quelques mètres ), c’était la première fois qu’une plainte de ce type était enregistrée et portée devant un tribunal.

Le film est construit autour du personnage d’une employée administrative, Fayza, qui prend chaque jour un bus bondé ( le bus n°678 ) pour se rendre sur son lieu de travail et y subit systématiquement des attouchements si bien qu’elle préfère prendre le taxi malgré son maigre salaire. Après un énième attouchement et son budget se resserrant, elle va prendre des cours de « self-defense » ( ce n’est pas vraiment un cours de combat mais plutôt une sorte de réunion genre alcooliques anonymes pour redonner confiance aux femmes ). Même dans ces cours, les femmes ont du mal à admettre qu’elles ont déjà été victimes d’attouchement par peur d’entacher leur réputation ( car c’est la victime qui est souvent considérée comme responsable, ayant « provoqué » ).

Fayzia se fait secouer par la personne en charge du cours : elle ne doit plus se considérer comme victime mais se défendre et si un homme la touche, il mérite qu’on lui coupe la main. Prenant au mot ces paroles, le lendemain, alors qu’un homme lui met la main aux fesses, elle le pique avec une des épingles qui tiennent son voile. L’homme s’insurge, la traite de folle et elle n’ose pas se justifier par honte. Elle se fait éjecter du bus.

Mais peu à peu, elle prend confiance : alors qu’un homme la suit et la touche, elle sort une lime à ongles et la lui plante entre les jambes. Sur le coup, elle regrette son geste mais elle va recommencer avec deux autres hommes dans le bus. Si bien qu’une enquête de police est ouverte et qu’on en parle dans les journaux, ce qui va momentanément faire diminuer le harcèlement sexuel dans les lieux publics.

Après la première « agression-défense » de Fayza, elle va chercher du réconfort auprès de la responsable du cours de « self-defense », Seba, qui est elle-même victime d’attouchements. Lors d’un match de football auquel elle assistait avec son mari, elle a été happée par un groupe d’homme qui l’ont violée ( qui ne compte pas pour un viol en Egypte car pas de pénétration ). Son mari s’est ensuite détachée d’elle de manière égoïste, clamant qu’il avait besoin de temps pour lui-même comme s’il était, lui, la victime. Alors enceinte, sans qu’il le sache, Seba fait une fausse couche et finit par demander le divorce. Au début, elle soutient Fayza, puis commence à prendre de la distance quand elle voit que cette dernière continue de sang-froid.

Entre temps, elles font la connaissance de Nelly, une jeune femme qui travaille dans un service de télémarketing et se fait régulièrement harceler au téléphone par ses clients ( « Bonjour, je voudrais proposer les services de notre société » – « Mais moi j’ai autre chose à te proposer » … vous voyez le genre ) ; son supérieur la réprimande car elle raccroche dans ces situations, ce qui fait baisser sa productivité. Un jour, en traversant la rue pour rentrer chez elle, elle se fait attraper par les seins par le chauffeur d’un pick-up. Trainée sur quelques mètres, elle ne se tait pas, contrairement à ce qu’auraient fait les autres dans sa situation, mais elle lui court après et réussit à arrêter la voiture et faire arrêter l’homme. Au poste de police, l’officier refuse d’enregistrer une plainte pour attouchement, il voudrait que ce soit pour « coups et blessures ». Courageuse, elle insiste. Mais, après avoir affronté l’officier, elle doit faire face aux pressions de sa famille qui veulent qu’elle renonce à la qualification d’attouchement.

Voilà, c’est l’essentiel du film. Je sais qu’il est sorti dans quelques salles en France, donc il a été sous-titré, mais j’ignore s’il est disponible en streaming. Si vous le trouvez, je vous encourage vivement à le voir car il est très bien tourné. Il ne montre pas seulement le harcèlement sexuel mais aussi d’autres aspects de la vie des femmes en Égypte. Ce que j’ai particulièrement aimé c’est que lorsque le personnage de Nelly décide de porter plainte, on ne lui parle pas seulement de sa réputation mais aussi de la réputation de l’Égypte ; c’est aussi ce que je ressens, personnellement, je me dis que si je parle de ce phénomène, je fais une sorte de mauvaise publicité pour le pays, je ne lui rends pas justice. Mais c’est tout le contraire, en en parlant on peut espérer changer les mentalités et enfin rendre agréable la vie dans un pays qui a un peuple très accueillant et sympathique.

A lire pour en savoir plus :

La fiche Allociné du film

Article sur le film avec interview du scénariste

Article de l’OIF sur le harcèlement sexuel

Egypte : la plaie du harcèlement sexuel ( article Global voices )

Un article d’une blogueuse égyptienne ( en anglais )

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8 Responses to “Les femmes du bus 678”

  1. PandaVG Says:

    Tu fais bien de parler de ça dans ton article parce que j’ignorais complètement le degré de la situation des femmes en Egypte!
    Je vais essayer de trouver ce film pour le visionner. Et en parler autour de moi.
    J’espère que les choses changeront pour les égyptiennes, parce que quelle plaie de devoir vivre tous les jours ces situations traumatisantes.
    Bravo pour cet article en tout cas, tu m’as vraiment donné envie d’en savoir plus.

  2. vegecarib Says:

    Coucou, je ne t’ai pas laissé de com depuis longtemps parce que j’ai un problème avec wordpress qui me demande un mot de passe. Bon, j’essaye encore cette fois…
    Hey, je crois que ça marche mais j’ai dû me crée un compte WP, c’est fou quand même !

    • Tiens, c’est bizarre ça ! Encore une guéguerre entre sites… Merci d’être passée en tout cas. J’ai quelques articles en tête mais je n’ai pas le temps de les peaufiner alors pour l’instant mon blog est en veille 😀

  3. Le film sort en salle en France mercredi prochain ( 30.05.2012 ). Courrier international propose même un concours pour gagner des places : http://jeux.courrierinternational.com/bus678/
    Par contre, est-ce qu’il y aura des cinémas de province qui le passeront, je sais pas…


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