"Ceci n'est pas une rose"

Ne me collez pas d'étiquettes

To be or not to be… féministe 9 mars 2012

Filed under: Café philo — Lilou @ 17:56
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Hier, c’était la journée internationale des droits des femmes, qu’on appelle plus souvent Journée de la femme et que d’aucuns comprennent comme Fête de la/des femme(s). Ces trois appellations ne sont pas des versions de la même idée. Du tout.

  • Journée internationale des droits des femmes signifie qu’on choisit ce jour pour rappeler que bien souvent les femmes ne profitent pas de leurs droits au même titre que les hommes.
  • Journée de la femme réduit sensiblement le concept : déjà, on n’a plus DES femmes, mais une femme, LA femme, ce qui laisse penser qu’il existe une nature féminine ; et puis, on n’a plus de droits…
  • Finalement, on passe à la fête de la femme, qui rappelle  la fête des mères ( institution pétainiste, ne l’oublions pas ) et qui pousse certains à souhaiter aux femmes qu’ils croisent ce jour-là une « bonne fête ».

Il me semble qu’il faut récuser absolument la deuxième et la troisième appellation voire même, en tout cas c’est l’avis d’une journaliste de Libération dans un article d’hier « Pourquoi la journée des femmes doit disparaître du calendrier », complètement supprimer cette journée.

Parler de LA femme, tout comme dire que « les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus », c’est sexiste au possible. Autant on peut parler de l’Homme, c’est-à-dire de l’humain, qui est le même partout, autant on ne peut pas parler de la femme, ni de l’homme. On ne peut parler que d’individus, leur sexe ( concept qu’on peut lui-même remettre en question, voir, entre autres, l’article de Belgarel sur le transgendrisme ) n’étant d’aucun intérêt.

Cette distinction terminologique peut sembler ridicule, elle ne l’est pas pour moi. Et c’est justement ce qui me dérange dans le féminisme et pourquoi je me pose la question de me considérer, ou pas, comme féministe.

Le terme même de « féminisme » me dérange – décidément, j’ai un problème avec les termes aujourd’hui… Parce qu’il existe un féminisme et pas de masculinisme, parce que dans féminisme il y a femme et par conséquent quand on est féministe, on est sexiste. On ne peut pas l’être autrement. On décide de se battre pour la femme, donc contre l’homme ou, au mieux, sans lui. Le féminisme dénonce le rôle qui est donné aux femmes en fonction de leur sexe, oubliant que c’est exactement pareil pour l’homme. Certes, le rôle de l’homme c’est de gagner de l’argent, ce qui lui donne la place de dominant dans notre société où l’argent est roi. Mais ça ne l’y enferme pas moins.

Voilà mon second problème avec le féminisme c’est que la seule chose qu’il ait accompli c’est de nous enfermer dans le même rôle que les hommes. Finalement, le féminisme est le petit-fils ( j’aurais bien dit la petite-fille, mais on dit LE féminisme, ils ne pensent pas le modifier, ça ? héhé ) du capitalisme. La société avait besoin de plus de travailleurs, donc les femmes se sont mises au travail, point. La nouvelle image de LA femme que prônent les féministes c’est la working girl. Malgré ses bonnes intentions, le féminisme n’arrive pas à penser au pluriel et n’a fait qu’imposer un politiquement correct ridicule et dogmatique.

Finalement, ce qui me dérange le plus dans le féminisme c’est sa superficialité et son manque de pragmatisme. Selon moi, les féministes se trompent de combats. Exemples :

  • La volonté des féministes d’agir sur la langue. Cela part du constat que la langue est le cadre de notre pensée ( merci Saussure ) et que si aucun mot n’est associée à une idée, on ne peut la concevoir. On aurait donc du mal à concevoir une femme avocat si on ne peut pas dire une avocate, CQFD. Outre le fait que la théorie de Saussure ait été nuancée depuis longtemps ( un petit texte plutôt accessible vous l’explique ici ), les partisans de cette action sur la langue oublient un paramètre essentiel : ce sont les locuteurs qui font évoluer la langue, pas les lois ; quand ces dernières le font ( cas de la Chine, par exemple, qui veut moderniser son « alphabet » ) c’est une démarche autoritaire. La preuve en est qu’une loi a été votée en 1990 pour réformer l’orthographe de la langue française et le simplifier : entre le début de ma scolarité et aujourd’hui, j’ai eu deux professeurs ( des linguistes ) seulement qui appliquaient cette réforme… Il est ridicule d’essayer de changer les mentalités de force en leur imposant une novlangue. Au contraire, la langue évoluera naturellement si les locuteurs changent de comportements et de mode de pensée.
  • Le droit à l’IVG. Loin de moi l’idée de le contester ! Mais les féministes en ont fait une sorte de symbole. Désolée, mais si le fait que l’IVG soit autorisée est une garantie de l’intégrité des femmes, le fait qu’il soit pratiqué est plutôt un très mauvais signe. En effet, une IVG est pratiquée pour deux raisons : soit la femme ne sait pas ( ne veut pas ) utiliser correctement la contraception, soit la femme a subi ( d’une manière ou d’une autre, même si ça ne peut être qualifier exactement de viol ) le rapport qui a entrainé la conception. Dans le premier cas, cela signifie que les femmes sont mal informées sur leur corps et sur la contraception. Dans le second cas, cela révèle que les femmes sont encore trop souvent incapables de défendre leur volonté lors d’un rapport sexuel. Il y a là de vraies actions à mener.
  • Les féministes qui posent nues et la lutte contre le port du voile par les musulmanes. Encore un côté dogmatique des féministes qui se font bouffer par le consumérisme actuel. Pour être une femme libre, il faut pouvoir se montrer nue. Ah bon ? Les publicités et les clips qui utilisent les codes pornographiques sont une nouvelle forme de sexisme et de domination des femmes. Cette banalisation de la pornographie fait qu’on se retrouve avec des petites filles de 6 ou 8 ans qui, en imitant Beyoncé ou Lady Gaga, semblent sortir tout droit d’un film porno pédophile ( vous trouvez pire si vous cherchez un peu sur Youtube, mais y’a des vidéos que je me refuse à partager ). A côté de ça, les féministes se mettent à poils et luttent contre le port du voile. J’appelle ça marcher sur la tête…

Vous l’avez compris, je ne me considère pas comme féministe.

Pourtant, je ne suis pas indifférente à tous ces débats. Je suis même convaincue par beaucoup de leurs arguments, même les plus pointilleux : j’ai toujours coché « Madame » dans les formulaires administratifs et je n’ai pas changé de nom de famille après m’être mariée, car je reconnais que le changement de nom et de statut sont des marques du système patriarcal ( les hommes sont les piliers de la famille, c’est donc leur nom qui est choisi ; on ne devient femme qu’après le mariage). Je ne rends pas non plus les féministes responsables de la persistance des inégalités : à chacun de se battre pour ses idées, s’il ne le fait pas il ne peut s’en prendre qu’à lui-même.

Que suis-je, alors ? Je suis une antisexiste. Encore un chipotage sur les mots… Peut-être, vu que lorsqu’on tape « antisexisme » sur Google on se retrouve souvent avec des sites féministes qui se sont aussi approprié ce terme, si bien que le Wiktionnaire le dit se « mobiliser au nom de la dignité et du respect des femmes », les hommes on s’en fout ^^ Pourtant, je crois qu’on peut distinguer féminisme et antisexisme, ce dernier correspondant réellement à une volonté de ne plus considérer le sexe comme un critère de différenciation entre les individus.

 

MAJ : je suis allée vagabonder un peu sur plusieurs blogs féministes ces derniers jours et je dois dire que mes lectures m’ont agréablement surprises car ce sont des articles de fond, qui s’intéressent au viol, à l’absence des femmes des sphères de pouvoir, aux nombreuses théories sexistes qui sont reconnues et appliquées par tout le monde ( la psychanalyse freudienne par exemple ), donc au vrais problèmes. Mais ce ne sont pas ces féministes-là qu’on nous montre dans les médias… Et oui, logique me direz-vous, mieux vaut ridiculiser le féminisme pour ne pas risquer de changer quoi que ce soit à l’ordre établi. Je me suis donc un peu réconcilier avec le féminisme, même si je lui préfère toujours mon étiquette d’antisexiste et je refuse d’exclure les hommes de cette lutte. Bref, ça ne change rien à mon analyse, mais je ne condamne plus sans appel les féministes, seulement le féminisme tel qu’il nous est montré dans les médias ( bref, le féminisme validé par le sexisme ).

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6 Responses to “To be or not to be… féministe”

  1. Belgarel Says:

    Miciiiii ! ^^
    (Désolé, mais des fois, les mots qui collent au cœur n’ont pas l’élégance de ses sentiments…)

    Tu te réclames donc du féminisme queer ? 😀
    —->[]
    Un truc qui m’avait profondément interpellé dans l’article d’Hypathie « L’homme féministe », c’était d’une part son argument : « Un homme ne peut pas être féministe » (alors qu’il peut avoir des idées favorables à la condition de la femme, les appliquer au quotidien, contribuer à les répandre, tant comportements que mentalités), et d’autre part, le fait qu’elle montrait qu’être féministe, pour un homme, ça tenait pas mal d’une sorte de kikoololisme conformiste qui n’allait pas, dans les faits, dans le Sens de l’Histoire (comme si ça n’était pas le cas de la plupart des femmes féministes… »féminisme » étant un mot, comme tu le soulignes, à, justement, remettre en cause).
    Le féminisme serait-il profondément sexiste ?

    Féminisme, enfant (na !) du capitalisme ? Je sais pas…je crois pas que ça colle, historiquement. Je crois vraiment que les femmes ont toujours travaillé et été utiles à l’économie, et que le féminisme et ses victoires modernes n’est pas le simple fruit de la tertiarisation, mais plutôt de la crise de l’individu, de la libération des mœurs, bref, d’un combat vieux de plusieurs décennies, aux lentes et pénibles victoires accumulées.

    La journée de la femme. En regardant en streaming le Petit Journal d’hier (hé oui, comme un bobo ^^ »…Je pense de plus en plus à arrêter, d’ailleurs, mais j’ai peur de ne plus avoir aucun lien avec la pseudo-actualité qu’on fait bouffer aux français), où on voyait les journalistes débarquer à un colloque, grâce à l' »alibi » Hollande, j’ai songé : Quelle mascarade !
    Hommes politiques en campagne, intellectuels en mal de reconnaissance, journalistes, associations silencieuses, tout le monde se rue sur le buffet de la journée de la femme. Parce que penser à La Femme (vous savez, pas ces gens qu’on connaît, non, l’entité abstraite creuse, avec deux grosses verrues sur la poitrine), c’est sympacool.

    Lutter contre le port du voile me paraît plus un acte ethocentriste de Français qui sait tout mieux tout le monde et que le voile c’est mal ça cloître les femmes des salauds d’arabes qui sortent et boivent chez elles car l’islam c’est mal, que comme un acte qui relève véritablement du féminisme. L’argument que je vois venir gros comme une maison, quand je hurle ça dans ma tête, c’est : « Tu veux que je te raconte la condition des femmes arabes en France ? » – argument auquel je sais que je n’aurai pas de réponse. En effet : les femmes voilées vont mal, il faut donc interdire le voile. CQFD.
    Tiens, j’ai une idée.
    Les accidents de voiture c’est mal. Il faut donc, faute de pouvoir interdire les accidents, interdire les voitures.
    Sauf que ça, c’est une idée que je soutiens XD

    Je vois pas ce qu’il y a de mal à faire danser des « Little Miss Sunshine » à poil sur un plateau TV. Regarde, d’ailleurs, la MAMAN elle était contente que le présentateur lui mette la main sur la hanche comme une maquerelle, à ce petit trésor.
    La proportion de rouge dans l’une des deux vidéos m’a envie d’aimer l’infâme bouton « J’aime » de facebook.

    Pour le langage, je pense que les auteurEs (alors qu’une évolution phonétique correcte aurait donné : autrices), docteurEs, professeurEs et autres facteurEs, c’est d’une débilité sans nom. Un chantier infini, pas homogène, à adapter à chaque profession et à tout nouvel usage, quand la langue est aussi conservatrice par essence, c’est débile. Alors que changer la terminologie imposée par une linguistique démodée, ça se fait tous les jours : un genre sec, un genre mouillé (qui fera le plaisir des poètes, cette dénomination étant plus exacte – à quelques exceptions près, telles que « un musée »), pas énorme, facile à ancrer dans les usages (suffit d’adapter l’éducation à la terminologie), faisable (ça passe par l’État) et efficace (plus personne pour dire qu’une femme n’est pas un travailleur).
    Convictions personnelles, quand vous nous tenez…

    Belgarel, le type qui déborde sur le blog des autres, et fait des commentaires trois fois plus longs que les articles…

  2. Oui, tu as raison, le féminisme n’est pas l’enfant du capitalisme, il y est antérieur, encore une fois je me suis exprimée à l’emporte-pièce ^^ Ce que je voulais dire c’est qu’il me semble que ce qui reste du féminisme depuis une dizaine ou une vingtaine d’années a perdu sa lucidité et s’est fait bouffé par la société de consommation.

    Hypathie, qui c’est ? Et j’ai pas tout compris à ta réforme de l’orthographe, par contre… Tu peux me réexpliquer ?

  3. Belgarel Says:

    Hypathie, j’y vais de temps en temps, et elle traîne chez Insolente Veggie. Elle lie, dans pas mal d’articles, le coup de gueule contre la domination carniste, et contre la domination masculine.
    Car oui, la viande, c’est vitalité, force, virilité, voire phallus.
    Son antre, c’est là : http://hypathie.blogspot.com/

    Pour mon idée de réforme de l’orthographe, justement, c’est qu’il n’en faut pas. Féminiser des mots, en masculiniser d’autres…comme si la dichotomie de genre était uniquement liée au sexe ! On voit bien, par exemple, que les mots abstraits (la Beauté, une Idée, la Grandeur…) sont plus souvent féminins, que les mots en -isme sont masculins…
    Il serait tellement plus simple de dire que ce ne sont pas genre masculin/genre féminin, mais genre sec/mouillé (le masculin étant favorable aux fins de mots consonantiques ou aux voyelles pleinement prononcées, tandis que le féminin est historiquement lié au e muet – qui correspond à une forme de mouillure). En une génération, ça rentre dans les têtes, sans dégueulasser la langue avec des doublons, des usages pas clairs, des prises de position féministe inconscientes ou ridicules dans la rédaction des cvs…bref, tous les défauts qu’on peut trouver à une personne qui écrit « une écrivaine » ou « une plombière » (tiens, celui-là il existe pas :P)
    Et pour ceux qui sont pas contents de ne plus pouvoir râler sur le langage, reste toujours la possibilité de dire « un femme » pour effacer les réminiscences de l’ancienne taxinomie.

    Je sais pas si j’ai été plus clair…

  4. La fourmi Says:

    Bon, je ne suis pas d’accord avec tout ce que tu dis (des féministes qui posent nues ? dans les 70’s peut-être mais aujourd’hui on milite plutôt contre l’instrumentation du corps des femmes il me semble)
    Mais alors à fond d’accord pour supprimer cette journée qui deviens n’importe quoi. On pourrait l’appeler la journée des promo la redoute ou la journée des grosses blagues lourdes… Les « bonne fête » me hérissent les poils.

  5. Je n’invente rien, voilà l’article qui en parle : http://www.lemondedesreligions.fr/actualite/des-feministes-posent-nues-en-hommage-a-aliaa-elmahdy-08-03-2012-2348_118.php . Je trouve justement que c’est un retour en arrière.
    Moi aussi j’ai envie de péter la gueule à ceux qui balancent des « bonne fête », hihi 😉

  6. J’ai trouvé un super blog d’une féministe qui n’a aucun des défauts que je reproche aux féministes dans mon article ( bon, elle double systématiquement tous les accords, mais on le remarque à peine car le contenu est de très bonne qualité ).
    Le lien : http://delphysyllepse.wordpress.com/


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